Britney spears :In the zone
Et le reste de l'album vient emprunter cette voie tortueuse et étonnante. Sur In The Zone, il ne reste quasiment plus aucun vestige de l'ancienne Britney. Il n'y a plus de pop pyrotechnique , il n'y a plus de ballades gluantes co-signées par Shania Twain. Tout est adulte et agressif, et l'album finit par ne plus ressembler à rien de connu dans notre beau monde. Incroyablement radical, le nouveau Britney Spears ne cesse de surprendre. Comme par exemple avec le second morceau I Got That (Boom Boom), un machin de r'n'b/hip hop vicelard .Britney ne veut plus être Bit-Bit dont on avait du mal à prendre au sérieux les quelques incartades érotiques. Maintenant, c'est un autre film, une autre existence, une différente classe. Car la chanson suivante, Showdown persiste dans la veine sanglante du début de l'album. Tout n'est que murmures et production organique. Un vieux titre de film X surgit à notre esprit, In The Zone, c'est "l'Indécente aux Enfers" !
Des gimmicks, il n'y a plus que cela chez Britney, des accroches oreilles et des braquages du cerveau. Mais la maligne emprunte à tout le monde. Au rock, à la pop, au rap, au r'n'b, à l'electro, au métal, au funk, chez Madonna, Michael Jackson, les Destiny's Child, Kylie Minogue... Kylie justement, ouvertement pillée sur Breathe on me, dans un délire neo-disco parfaitement convaincant. Britney l'a dit en ouverture de l'album : "All the people on the floor ! I want to see you dance !". Et elle y parviendra quel qu'en soit le prix. Elle veut tout dominer par tous les moyens, même les plus triviaux. Elle se livre alors entièrement, nue et pornographique, sur un Early Mornin' orgasmique (et oui je sais que c'est l'excellent Moby qui produit... mais bon). Britney nous baille à la face. Elle ricane, nous soupire dans l'oreille. Et c'est pire que si elle se masturbait en public à Disneyland. Sa musique est désormais gorgée jusqu'au débordement de petits pièges, de sons étranges qui sortent de nulle part, de dissonances presque effrayantes. In The Zone devient par instant une BO perdue d'une scène coupée de Twin Peaks .
Arrivé au sixième morceau de l'album, le terrible Toxic, on se rend compte que Britney n'a pas baissé les armes une seule fois depuis le début. Toujours à l'attaque, travaillant au corps, elle nous vide de tout esprit critique. On aimerait avoir un peu de recul, pour se souvenir que Britney Spears est l'Antéchrist de la musique que l'on aime. Et que si on lui concédait certains charmes et une belle efficacité, on n'avait jamais vraiment imaginé aimer sa musique, être surpris, être charmé par la pimbêche à couettes. Mais en écoutant l'effroyable Toxic, bombe pop-electro inhumaine, qui accumule les effets irrésistibles, on ne sait plus trop quoi penser. On ne voudrait pas aimer cela, et pourtant c'est génial. Le petit sample de violon là, le petit riff de guitare, la voix qui part dans les aigus , tout cela nous plaît trop, on sait que c'est mal, mais on aime ça, et on aime d'autant plus que l'on sait que c'est mal.
Sur Outrageous, Britney ne nous lâche pas, elle continue à nous étouffer dans un maelström sonore d'une sophistication synthétique effroyable(en duo avec l'excellent R kelly). Ce n'est que sur le plus apaisé Touch of my Hand qu'elle consent à nous laisser souffler, tout en persistant à donner des petits coups de pieds mesquins au cadavre de Madonna. Mais In The Zone ne pouvait pas flirter ainsi avec les étoiles sans se brûler les ailes. C'est sur The Hook Up que Britney manque d'exploser en vol. Dans un bordel vaguement "ragga", elle s'égare. Mais l'intro ténébreuse de Shadow (c'est de circonstances), ses airs de "trip-hop" obsolète et les vibrations électriques de la voix de Britney pourraient nous faire replonger dans la torpeur. Mais le refrain, soudain, retrouve les accents pompiers des anciennes ballades de la demoiselle. On se heurte alors à nos vieilles réticences. Pourtant, la production résolument monumentale ne cesse de nous prendre à la gorge. Bit-Bit, qui nous a saigné à blanc avec toute la première moitié de l'album, Britney, si certaine de nous avoir conquis, ose la ballade à la Mariah Carey et parvient à sauver la mise. De justesse.
Et c'est avec la pop electro (produit par daft punk)de Brave New Girl que la miss veut planter un pieu dans le cœur de la Madonne, elle qui n'a cessé de faire planer son ombre sur In The Zone. Oh, vous allez être nombreux à trouver cela immonde, tant ce In The Zone n'est pas un album sympathique et ressemble souvent plus à une attaque au Napalm qu'à un disque de pop de bon goût. Mais voilà, c'est sur le tout dernier morceau, la seule véritable ballade, Everytime, que Britney remporte la mise et s'envole avec la banque. Car elle a réservé un petit espace délicat dans ce déballage indécent de puissance érotique. Un tel morceau aurait semblé immonde et démagogue, gluant, sur les autres oeuvres de Bit-Bit, et on ne pardonnerait cela à personne. On se méfierait. Mais là, bizarrement, magiquement, on est touché. Tout cela est formaté, pensé par des producteurs immondes et talentueux... Chacun y trouvera ce que sa sensibilité voudra bien y amener. Que ce disque soit atroce aux oreilles de la plupart d'entre vous, cela ne me surprendra pas. Mais que ce soit un sommet de la pop de notre époque, cela ne me surprendrait pas non plus. Et loin d'avoir honte d'apprécier le dernier Britney Spears, on peut sans problème l'assumer. In The Zone est une bombe, une claque, une perle, un sortilège et comme je vous le disais déjà au tout début, on n'est pas près de se débarrasser de Britney. Tant mieux.
Peace hacker. 
