Massive attack: 100th window
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100th Window
[Delabel]
Comme un signe du destin, et comme il y a déjà 12 ans avec "Blue Lines", le dernier album de Massive Attack est sortie au moment où une nouvelle guerre en Irak semblait irrémédiable. Le premier conflit avait amené le groupe à rétrécir son nom au simple Massive, la préparation du deuxième voit le groupe en porte-drapeau des anti-guerre, un engagement qui semble malheureusement bien dérisoire. La terre ne s’arrêtant pas pour autant de tourner, on se penchera sur ce nouvel album avec les deux oreilles bien ouvertes, et on y a tout intérêt, car il ne se laisse pas maîtriser aussi facilement que son prédécesseur. Disque de mort, "100th Window" repousse une fois de plus les limites du génie de ce groupe hors du commun. Fini le trip-hop, liquéfiée la soul, enterré le hip-hop (parti avec Mushroom et Daddy G), le survivant Robert "3D" Del Naja est allé puiser au plus profond de ses cauchemars pour composer l’un des disques les plus sombres de l’histoire. Musicalement, même si l’on retrouve des sonorités déjà entendues sur "Mezzanine", les basses semblent encore plus lourdes, les rythmes plus lents et plus profonds, les arrangements délirants de complexités. Mais là où "100th Window" est le plus troublant, c’est dans le traitement des voix. Après Liz Fraser, c’est Sinead O'Connor qui s’y colle, ainsi que le fidèle Horace Andy et 3D lui même. Si la musique glace le sang, ce n’est rien à côté de ces trois voix. Méconnaissable, Horace Andy chante, ou plutôt gémit, comme jamais il ne l’a fait. Presque féminine sur Name Taken, sa voix ne réchauffe en rien l’un des morceaux les plus sombres de l’album. Sinead découvre pour l’occasion la retenue, et son chant apporte la partie la plus mélodique de l’album, toute proportion gardée. Quand à 3D, personne d’autre qu’un non-chanteur n’aurait pu amener autant de noirceur sur des titres de la trempe de Antistar ou Small Time Shot Away. Bien plus que neuf chansons qui s’enchaînent, "100th Window" est un bloc de matière brute, que chaque écoute dégrossit peu à peu, et qui laisse au fil du temps apparaître ses pures richesses. Le troisième chef d’œuvre du groupe après "Blue Lines" et "Mezzanine" ? Sans aucun doute, même si celui-ci se mérite plus que les autres et ne se laisse dompter qu’après moult écoutes. En tout cas, peut être le premier disque de Massive Attack pour lequel les avis seront partagés : zapette express pour les pressés, bonheur extrême au bout du chemin pour les vrais courageux. Car pour corser le tout, l’album se termine sur une boucle électronique hallucinée de 10 minutes, de quoi rendre totalement neurasthénique le plus enjoué des auditeurs. "100th Window", une épreuve.
Peace hacker